Les registres/ tonalités littéraires

 

Qu’est-ce qu’un registre littéraire ?

C’est une tonalité émotionnelle, donnée à un texte grâce à un ensemble varié de procédés littéraires. Ou bien le texte suscite des émotions chez le lecteur (ex : un texte comique fera rire ou sourire), ou bien c’est le locuteur qui y exprime une émotion particulière qui domine le texte (ex : dans un texte polémique, le locuteur exprime sa colère), ou bien ce sont les deux (lecteur et locuteur) qui sont imprégnés ensemble de la même émotion (ex : la pitié que l’auteur d’un texte pathétique ressent à l’égard de son personnage devient en quelque sorte contagieuse et le lecteur à son tour ressent de la compassion).

Les registres se définissent ainsi par les effets émotifs produits par un texte, mais aussi parfois par leurs points communs avec certains genres littéraires. Par exemple, un extrait de roman pourra être identifié comme appartenant au registre tragique s’il présente des points communs évidents avec le genre pourtant théâtral qu’est la tragédie. Ainsi, un registre littéraire peut se retrouver dans n’importe quel genre littéraire. Il ne faut donc pas confondre le genre (qui s’applique à une œuvre en entier) et le registre (qui s’applique à un passage seulement, à un court extrait).

Lyrique :

Le lyrisme produit l’expression d’une émotion intérieure forte, de sentiments personnels intenses, spontanés. Souvent, il le fait en utilisant des procédés littéraires musicaux (harmonie des sons, jeux sur les rythmes), d’où son nom, qui, étymologiquement, vient de la lyre, un instrument à cordes qui ressemble à une petite harpe, qu’utilisait Orphée, le premier poète de la mythologie antique, pour chanter son malheur lors de son errance solitaire dans la nature.

Procédés fréquents :

– genres poétiques.

– autobiographie.

– 1ère personne du singulier (un « moi » s’exprime personnellement et se voue à une introspection).

– champ lexical des sentiments, de la sensibilité, des émotions.

– ponctuation forte (points d’exclamation, points d’interrogation)

– interjections, apostrophe lyrique (ô).

– métaphores

– anaphores, répétitions, hyperboles (→ qui permettent toutes d’accentuer, d’exagérer les émotions ou sentiments).

– assonances, allitérations (jeux sonores qui offrent au texte une musicalité, une harmonie).

Elégiaque :

Issu de l’élégie antique (= genre littéraire qui consiste à écrire un poème de deuil), le registre élégiaque exprime la plainte. Il reprend les procédés du lyrisme, mais au service exclusivement du deuil personnel, de la perspective de la mort, de la lamentation. On trouvera donc, plus spécifiquement, le vocabulaire de la mort ou de la plainte.

Pathétique :

Le registre pathétique suscite la compassion du lecteur, la pitié. L’auteur fait partager la douleur d’un personnage au point que le lecteur soit touché, ému.

Procédés fréquents :

– champ lexical de la souffrance, de la douleur.

– ponctuation forte.

– interjections.

– hyperboles, énumérations (qui produisent un effet d’accumulation), gradations.

Polémique :

Le registre polémique exprime la colère et l’indignation, de manière à scandaliser le lecteur et le faire ainsi adhérer à la thèse soutenue.

Procédés fréquents :

– ponctuation forte.

– questions rhétoriques.

– implication du lecteur (apostrophes, 2ème personne du singulier ou du pluriel)

– anaphores, répétitions.

– accumulations, gradations, hyperboles.

– vocabulaire péjoratif, voire violent, agressif.

– ironie (antiphrases) ou sarcasme.

Fantastique :

Le registre fantastique consiste à introduire un élément surnaturel dans un contexte réel, ce qui produit un effet d’angoisse (de peur) chez le lecteur. Il amène à faire hésiter le lecteur (à le faire douter) entre une hypothèse rationnelle (ex : le personnage est fou, victime d’hallucinations), et une hypothèse irrationnelle (ex : ce que vit le personnage s’est réellement produit, même s’il s’agit d’événements bizarres, paranormaux, surnaturels).

Procédés fréquents :

– lexique de la peur et de l’étrange

– personnifications d’objets

– modalisateurs exprimant le doute

– interrogations qui restent sans réponse

– comparaisons-hypothèses (« comme si… »)

Attention : Il ne faut pas confondre le registre fantastique avec le genre de l’heroic-fantasy, bien que leurs noms se ressembent ! La fantasy ou heroic-fantasy est un genre littéraire (et non pas un registre) qui pourrait se définir ainsi : c’est un récit épique (avec de grands héros, de grandes aventures qui suscitent l’admiration du lecteur) plongé dans un univers merveilleux qui entremêle les références antiques et médiévales. Ainsi la fantasy se rapproche-t-elle non pas du registre fantastique, mais du registre merveilleux.

Le registre merveilleux introduit lui aussi des éléments surnaturels, mais dans un contexte qui est lui aussi surnaturel ! Ainsi, dans un conte merveilleux ou dans un roman de fantasy, si le héros rencontre une créature bizarre (ex : une fée, un elfe, un troll, un loup qui parle, un humain de 377 ans, etc.), il s’en accomodera et le lecteur avec lui estimera que son existence est, dans ce contexte, normale… Alors que dans un récit fantastique, le même genre de créature mettra le personnage mal à l’aise, et le lecteur avec lui se sentira plongé dans le doute et l’angoisse.

Satirique :

Le registre satirique, comme la satire, consiste à utiliser le rire, la moquerie, pour critiquer quelqu’un ou quelque chose. Il y a donc une double dimension -comique ET critique- dans ce registre.

Procédés fréquents :

– vocabulaire péjoratif

– hyperboles, accumulations, gradations

– images (comparaisons, métaphores) dévalorisantes.

Epique :

Le registre épique, comme l’épopée, vise à inspirer l’admiration ou l’effroi face à une scène spectaculaire et souvent violente. Il met généralement les humains, qui apparaissent comme de grands héros, aux prises avec les éléments naturels. Les héros sont pris dans des combats qui les dépassent (une grande guerre, une grande lutte).

Procédés fréquents :

– hyperboles, accumulations, gradations

– personnifications des éléments naturels

– lexique du combat, de la guerre

– images (comparaisons, métaphores) hyperboliques

– anaphores ou autres figures de répétitions

– effets de masse (pluriels, vocabulaire du collectif)

Comique :

Le registre comique, comme la comédie, vise à provoquer le rire ou le sourire du lecteur en mettant en scène une situation cocasse, un personnage ridicule, ou en jouant avec les mots.

Procédés fréquents :

– jeux de mots

– quiproquos

– répétitions

– hyperboles

– dialogues rapides

– pantomime

Comiques de geste, de mots, de situation, de caractère, de mœurs.

Tragique :

Le registre tragique, comme la tragédie, peint le destin de personnages soumis à une fatalité qui les mène à une issue malheureuse (souvent la mort). Ces personnages sont souvent victimes de passions humaines. La puissance du destin inspire l’effroi et la pitié

Procédés fréquents :

– lexique du destin, de la fatalité, de la mort

– interrogations qui restent sans réponse

– tournures passives ou impersonnelles

– verbes exprimant la nécessité

Ironique :

Le registre ironique est parfois difficile à saisir, car il exprime une raillerie implicite (= sous-entendue). Il se caractérise par un écart entre le sens apparent et le sens implicite.

Procédés fréquents :

– antiphrases

– antithèses et oxymores

– hyperboles

– guillemets ou italique (qui permettent de mettre une distance entre l’auteur et les mots mis ainsi en relief)

– décalage entre deux discours.

Didactique :

Le registre didactique est celui qui est utilisé le plus souvent par les professeurs ou les manuels scolaires. Il vise à faire partager un savoir, à apporter un enseignement au lecteur en le faisant réfléchir par lui-même et en mettant le savoir ou la théorie défendue à sa portée.

Procédés fréquents :

– présent de vérité générale

– tournures impersonnelles

– analogies ou comparaisons concrètes (explicatives)

– connecteurs logiques.

 

Epidictique:

Une description épidictique est un éloge ou un blâme. Le locuteur n’y est pas neutre, il n’est pas objectif, il cherche au contraire à mettre en valeur quelque chose ou quelqu’un (= éloge) ou à dénigrer quelque chose ou quelqu’un (= blâme). Ainsi, le vocabulaire utilisé est soit mélioratif, c’est-à-dire favorable, valorisant (dans un éloge), soit péjoratif, c’est-à-dire défavorable, dévalorisant (dans un blâme). On enregistrera bien au passage que le nom commun « éloge » est masculin, et non pas féminin !

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