Robert DESNOS – Introduction – « Non l’amour n’est pas mort… » (1930)

Robert Desnos, Corps et Biens, A la Mystérieuse, 1930

(Le texte lu par le comédien Denis Lavant: https://www.youtube.com/watch?v=sfdmpG_pQ-I )

Non l’amour n’est pas mort en ce cœur et ces yeux et cette bouche qui proclamait ses funérailles commencées.
Écoutez, j’en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.
J’aime l’amour, sa tendresse et sa cruauté.
Mon amour n’a qu’un seul nom, qu’une seule forme.
Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.
Mon amour n’a qu’un nom, qu’une forme.
Et si quelque jour tu t’en souviens
Ô toi, forme et nom de mon amour,
Un jour sur la mer entre l’Amérique et l’Europe,
À l’heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des vagues, ou bien une nuit d’orage sous un arbre dans la campagne, ou dans une rapide automobile,
Un matin de printemps boulevard Malesherbes,
Un jour de pluie,
À l’aube avant de te coucher,
Dis-toi, je l’ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t’aimer davantage et qu’il est dommage que tu ne l’aies pas connu.
Dis-toi qu’il ne faut pas regretter les choses: Ronsard avant moi et Baudelaire ont chanté le regret des vieilles et des mortes qui méprisèrent le plus pur amour,
Toi, quand tu seras morte
Tu seras belle et toujours désirable.
Je serai mort déjà, enclos tout entier en ton corps immortel, en ton image étonnante présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de la vie et de l’éternité, mais si je vis
Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons,
L’odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d’autres choses encore vivront en moi,
En moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire,
Moi qui suis Robert Desnos et qui, pour t’avoir connue et aimée,
Les vaux bien;
Moi qui suis Robert Desnos, pour t’aimer
Et qui ne veux pas attacher d’autre réputation à ma mémoire sur la terre méprisable.

 

 

Quelques informations pour nourrir une introduction de commentaire:

La section « A la mystérieuse », écrite en 1926, est dédiée à une femme, que Desnos a aimée, mais qui ne l’a pas aimé en retour. Thème typiquement lyrique de la « belle indifférente ».

Cette section comporte sept poèmes dédiés à cette femme.

Le recueil Corps et biens a été publié en 1930, et comporte des poèmes écrits entre 1919 et 1929. C’est la pleine période surréaliste de Desnos.

Surréalisme : définition donnée par André Breton, le chef de file du mouvement, qui le crée en 1924 : « Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle de la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.

Le surréalisme repose sur la croyance de la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. »

Robert Desnos va intéresser très vite les Surréalistes, qui vont voir en lui « le prophète » du mouvement. Pour une raison en particulier : il est très sujet à l’hypnose. Il s’adonne à des séances de sommeil hypnotique pendant lesquelles il dicte les textes littéraires qu’il crée.

Dans sa jeunesse, il est aussi influencé par le mouvement Dada (qui précède et annonce le Surréalisme), l’anarchisme, ainsi que par des écrivains proches de G.Apollinaire.

En 1925, il commence à s’éloigner du Surréalisme, peu à peu, jusqu’à ce que la rupture soit totale, en 1930. Il devient journaliste.

1945 : il meurt après avoir résisté pdt la 2GM, dans un camp de concentration, du typhus.

Dans le recueil Corps et Biens, il donne libre cours à ses fantasmes, ses expérimentations diverses dans le domaine linguistique (jeux de mots). La section « A la mystérieuse » entremêle rêves, sensations, images, sentiments. Il s’agit de poèmes d’amour imaginaire où en tous cas l’être aimé apparaît comme une création de l’imagination poursuivie à travers les « espaces du sommeil », présence et absence à la fois, sur laquelle les bras du poète se referment, à la fois ravi et déçu. → Lyrisme renouvelé, sur un ton à la fois familier et oratoire, parlé plutôt qu’écrit.

Desnos est certes surréaliste, à cette époque, mais d’abord et surtout indépendant. Il réaffirme ici la valeur de l’amour (dès le premier vers : « Non l’amour n’est pas mort »), qui a été auparavant démystifié par les surréalistes. Nous verrons ici comment Desnos renouvelle le lyrisme amoureux.

215mm x 167mm (whole)205mm x 155mm (image)

This entry was posted in Archives, Il n'est pas interdit de lire pour le plaisir... and tagged , , . Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *