1ère-ORAL – Baudelaire, « La Destruction »

Attention: cet article restitue des prises de notes du cours.

 

ORAL 8 – « La Destruction ».

Recueil Les Fleurs du Mal, de Charles Baudelaire.

NPO : Présentation de l’œuvre et du poète.

Rappel des six sections du recueil : « Spleen et Idéal », « Tableaux parisiens », « Le Vin », « Fleurs du mal », « La révolte », « La Mort ». RELIRE les séances 2 et 3 sur le blog.

Section « Fleurs du mal ». Expliquer le titre de la section (et du recueil, du même coup).

Le poème « La Destruction » est le premier de la section, qui se trouve au cœur du recueil. Il correspond à un moment charnière, un moment de bascule. Le poète va se perdre.

Remarques sur la forme : 14 alexandrins disposés en deux quatrains et deux tercets un SONNET. Les rimes sont croisées, à l’exception des vers 9 et 10 dont les rimes sont suivies (plates). Alternance de rimes féminines et masculines.

Caractéristiques traditionnelles (comme la Pléiade), mais avec quelques libertés.

Lecture orale.

Problématiques possibles: En quoi ce poème représente-t-il le moment de bascule dans le cheminement du poète maudit ? Par quels procédés le poète se montre-t-il à la fois victime et coupable du démon ?

Découpage en deux parties :

– Deux quatrains : le démon tentateur (tentations) ;

– Deux tercets : le démon destructeur (conséquences).

LL

1. Deux quatrains : le démon tentateur (tentations)

vers 1: Personnification de ce mal qui tiraille, qui torture le poète, qui apparaît comme la figure du poète maudit, au sens métaphysique d’un humain possédé par une figure diabolique. La majuscule contribue à accentuer la personnification, voire l’allégorie, mais aussi elle fait apparaître le Démon comme un concept, une Idée platonicienne du mal en soi. Allégorie du mal, qui, personnifié, apparaît sous la forme d’un démon dont les manifestations sont concrètes (on va voir qu’elles touchent à plusieurs sens).

+ Baudelaire parle du Démon comme concept dimension universelle, qui nous concerne tous ? (relire le poème « Au lecteur », qui ouvre le recueil).

Les verbes de mouvement « s’agite » et « nage », accompagnés d’indices spatiaux « à mes côtés » et « autour de moi » expriment l’oppression ressentie par le poète, qui est envahi de toutes parts par le mal qui le ronge, le tourmente, l’agace. Mouvement exaspérant, parasitant. Présence du mal, proximité, intimité, accompagnement. Vers 3-4 ambiguïté morale ; le poète semble se délecter d’un poison moral. Drogue(s) ? (discutable)

L’indice temporel « sans cesse » fait ressortir la perpétuité, la continuité de cette tourmente subie par le poète maudit.

Comparaison v.2 : le démon semble insaisissable et d’autant plus dangereux du même coup. Il semble ici abstrait, bien que, dès le vers suivant, il prenne des formes bien concrètes.

v.3 : les verbes « avale » et « sens » rappellent bien la matérialité dans laquelle s’incarne le démon. Sens évoqués : toucher + goût. Cette image joue sur le côté ambigu de l’attitude du poète face au démon : il « avale » acte volontaire / mais l’« air » avalé « brûle » acte destructeur. Poète = à la fois victime et « coupable ». Drogue(s) ?

v. : le verbe « emplit » montre que le poète est pénétré par le mal, qui l’envahit jusque dans le sang par le « poumon ». Le mal est nommé comme tentateur, tentation : « désir éternel » + pessimisme.

2ème quatrain :

Explicitation des différentes formes d’incarnation du mal qui ronge le poète.

Tout d’abord, Baudelaire évoque sa faille, sa fragilité, connue parfaitement (« sachant ») par le démon : il s’agit de son « grand amour de l’Art », c’est-à-dire de son goût pour la beauté, pour l’esthétique, et pour l’Idéal. Constat du lecteur : c’est sa fragilité qui fait aussi sa force en tant que poète, en tant qu’artiste. Mais en tant qu’homme, c’est ce qui le perd, ce qui le détruit.

C’est elle qui va lui faire aussi apprécier la beauté des femmes. manipulation du démon, tentation, avec l’adjectif « séduisante » au superlatif qui plus est (v.6).

Deuxième forme d’incarnation du démon : les alcools ? « philtres infâmes ». On ajoute à « séduisante » les mots « spécieux » et « cafard », et on perçoit un champ lexical de la manipulation, de la tentation. Le nom « prétextes » montre bien aussi la culpabilité du poète. Le verbe « accoutume » montre qu’il y prend goût.

2. Deux tercets : le démon destructeur (conséquences).

Adverbe « ainsi » + vb « conduit » expriment la conséquence. Le poète maudit apparaît comme une victime qui est passive, qui subit ce qui le fait souffrir.

V.9 : « loin du regard de Dieu » annonce la section « La Révolte ». Baudelaire ne trouvera pas le salut dans la religion. Il est condamné à errer dans la débauche.

Effets de la débauche : épuisement à la fois physique et psychologique. Le participe présent « haletant » rappelle l’étouffement, la brûlure au poumon du vers 3.

Vers 10-11 : « l’Ennui » est le concept baudelairien qu’on a déjà rencontré dans le poème « Au lecteur » qui ouvre le recueil, et ailleurs. Il s’agit de cet état mélancolique dans lequel le poète est plongé lorsqu’il est victime du Spleen.

Il y ressent la solitude (« désertes »), la monotonie (« plaines »), le désespoir (« profondes »).

Vers 12 à 14 : le poète, abandonné par Dieu -et/ou inversement- (vers 9), est maintenant agressé activement par le Démon. Il se voit complètement perdu, dans l’incompréhension, dans l’aveuglement. Il reçoit passivement, comme victime, la saleté, physique et morale (« des vêtements souillés »), la violence physique et morale (« des blessures ouvertes » + adjectif « sanglant »).

Le mot « Destruction » qui termine le sonnet répète le titre du poème, et forme une boucle, comme un cycle infernal qui n’en finirait pas. Le mot « appareil » renvoie à un fonctionnement mécanique, implacable, de cette conséquence de la tentation du Démon : la Destruction.

Idées à récapituler pour la conclusion :

– Progression de l’action du mal sur le poète : d’abord, il vient l’agacer, il l’attire, puis il le pénètre, puis il s’incarne dans des formes tentatrices, puis il l’emmène dans un désert, puis il le détruit totalement.

– Se dessine la figure du poète maudit, possédé, à la fois victime et coupable de ses vices, et en souffrance.

Idées d’ouverture : « Au lecteur », ou « Le Crépuscule du soir » ou un poème de la section « La Révolte ».

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